Son endettement doit donc être ramené à la hauteur de ces 2 % de l’endettement
de l’ensemble de la zone euro.
La dette publique de
Ainsi, c’est toute la zone Euro qui connaît une situation explosive.
Le problème le plus urgent n’est pas vraiment la dette grecque en soi mais la
façon dont l’Union Européenne la gère en l’aggravant et en favorisant la
contagion aux autres états membres.
« La fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale »[2] est un ouvrage récent
dans lequel l’auteur estime que la logique du système dans lequel nous vivons
aujourd’hui est de transformer chaque individu en sujet économique endetté.
S’agit-il d’une crise ou d’une escroquerie ? Les plans de sauvetage ne sont-ils
pas que des façons de brader le patrimoine grec ? La loi des créanciers
n’est-elle pas qu’un retour pur et simple au féodalisme ?
Quelques chiffres posent le problème dans sa réalité :
La dette américaine est d’environ 14 600 milliards de $[3] soit au même niveau que la dette européenne.
La dette japonaise représente 12 000 milliards de $ soit 225 % de son PIB et
est donc nettement supérieure en valeur relative à la dette européenne. Il en
est de même pour la dette britannique. Pourtant, il n’existe de menaces, ni sur
les USA, ni sur le Japon, ni sur le Royaume Uni.
L’Europe réclame le droit à l’inertie et reste sourde aux appels des USA ou du
FMI, de
Au niveau international, il existe un véritable « parti de la crise » (par
exemple : le parti républicain aux USA). Ses partisans souhaitent la
dégradation de la situation. Sur la base de quelle idéologie ? Celle du
néo-libéralisme. On assiste à une véritable apologie de la crise comme quelque
chose de salutaire qui conduirait à un assainissement par l’accélération de la
« sélection naturelle » et la disparition des « canards boiteux ». La
conséquence en sera nécessairement l’augmentation du chômage par suppression
des emplois « fictifs », non rentables, non compétitifs.
Cela ressemble à ce qui s’est passé dans les années 30 avant l’arrivée du
président Roosevelt. Celui-ci a dû se battre contre tous pour imposer ses
solutions à la sortie de crise, c'est-à-dire une politique de relance, de
maintien de l’emploi et de l’activité.
On ne peut assainir l’économie que si on lui garde sa souplesse. La relance est
une condition de l’assainissement. Or ce à quoi nous assistons aboutit à une
véritable asphyxie de l’économie grecque. La récession est de – 7 % par an et
conduit à un risque de confiscation du patrimoine. Dans ces conditions, on peut
se demander quelle est la nature du partenariat avec les autres pays de la zone
Euro. Force est de constater que les mécanismes de sauvegarde n’existent pas.
Par exemple, il n’existe pas de véritable Fonds Monétaire Européen. La monnaie
fédérale a été établie sans mécanisme fédéral de sauvegarde dont la création
avait pourtant été annoncée comme devant suivre celle de l’Euro.
La dette grecque, les dettes européennes sont essentiellement des dettes «
intérieures ». Ce n’est pas le cas de la dette américaine (dette
essentiellement envers
Revenons un instant sur les critères de Maastricht. Le déficit public annuel de
chaque Etat doit rester inférieur à 3 % du PIB et la dette publique inférieure
à 60 % du PIB. Dans le même temps, il n’existe plus de possibilité d’émission
monétaire pour les Etats et plus de possibilité d’emprunter au-delà de 3 %.
Cette contrainte n’existe pas pour les pays qui ont choisi de rester en dehors
de la zone Euro. À titre d’exemple, le 7 octobre 2011, sir Mervyn
King, gouverneur de
Il était logique, du point de vue de la monnaie unique, d’interdire aux Etats
toute création monétaire mais ce privilège aurait du être transféré à
En créant de la monnaie, la dette est dévalorisée. Au contraire, la déflation
augmente le poids de la dette et c’est l’option choisie par l’Europe. Le
système européen ne travaille que pour les créanciers.
Le comble de la paranoïa, c’est que les exportations de l’Union Européenne vers
l’extérieur ne représentent que 8 % du PIB (à titre de comparaison,
Il s’agit d’un problème que les variables choisies et imposées par l’Europe
même rendent insoluble.
Il y a une véritable surenchère à procéder à une réduction des dépenses.
L’Italie annonce 85 milliards d’euros d’économies et immédiatement sa note est
dégradée par les agences de notation. La crise fait tache d’huile. En réduisant
les dépenses, on mine la capacité à s’endetter et la note se dégrade.
Toute l’économie européenne se dégrade sous la pression de l’Allemagne, d’Angela Merkel et de
On ne pourra payer ses dettes qu’avec des revenus, or les revenus se réduisent
sous prétexte d’assainissement (en fait il s’agit d’une asphyxie de
l’économie). Cela rappelle la fin du XIXème siècle
jusqu’à 1914.
En octobre 2010 paraît « Indignez-vous ! »[5]. Suivront un peu partout dans le monde les
mouvements des indignés, en Espagne, en Grèce, en France, aux Etats-Unis. Il
s’agit d’un moment important car les peuples du monde exigent tous la même
chose, la mise sous contrôle des banques et institutions financières.
Pour mémoire, Roosevelt avait établi une stricte séparation entre banques de
dépôts et banques d’affaires afin d’éviter toute spéculation avec les capitaux
des petits épargnants en dépôt dans les banques. Cette stricte séparation a été
supprimée en 1989. Depuis cette date les banques peuvent spéculer avec l’argent
de leurs clients. Barak Obama a rétabli cette règle
de séparation aux Etats Unis mais rien n’a été fait en ce sens en Europe.
Tandis que les USA reviennent à la régulation, l’Europe est devenue le paradis
des spéculateurs hors contrôle.
Si nous examinons l’histoire économique de l’humanité, force est de constater
que la dette a toujours conduit l’homme à la perte de sa dignité et les pays
endettés à la perte de leur souveraineté. L’homme endetté devient l’esclave de
son créancier tout comme les membres de sa famille. Le créancier acquiert un
droit de vie et de mort sur l’endetté. Cette situation a perduré durant
l’Antiquité jusqu'à Solon[6]. Lorsqu’il devient
archonte, en 594 av. J.C., il abolit l’esclavage pour dettes et affranchit ceux
qui étaient tombés en servitude pour cette raison. Il est généralement admis
que cet acte marque le début de la démocratie athénienne. Les hommes libres ne
risquent pas de devenir esclaves d’autres hommes libres à cause de leurs
dettes.
Par la suite, nombre de régimes autoritaires se caractérisent par la libération
de la cupidité du créancier.
Malgré son intérêt, l’Europe s’avère incapable de proposer des voies de sortie
pour les situations de surendettement. Cela révèle l’ignorance de l’histoire
économique de Solon à Roosevelt. En 2009, la dette grecque est déclarée non
viable car trop importante par rapport à son PIB. Mais, en deux ans, le PIB
grec aura été réduit de 14 % et la dette grecque représente aujourd’hui une
part plus importante du PIB. La politique d’austérité est contre-productive y
compris du point de vue du créancier. Tandis que Barak Obama
et Christine Lagarde prônent un changement radical de politique économique et
proposent de mettre le cap sur la relance, tandis que le FMI,
L’Europe a tout à gagner à mettre sous contrôle les banques des spéculateurs.
Elle doit faire de la stabilisation de l’économie une priorité et non donner la
priorité à la finance.
• « Mondialisation, la fin d’un cycle. Un
essai sur l’instabilité internationale. », Kostas Vergopoulos. Editeur Séguier, mars 2002
• « Le capitalisme difforme et la nouvelle question agraire. L’exemple de
• « La question paysanne et le capitalisme. », Samir Amin et Kostas Vergoupolos. Editions Anthropos, 1974
• « Monnaie européenne, monnaie virtuelle ? », Kostas
Vergopoulos. Le Monde du 5 mars 2010 (en ligne).
• « La menace d’une déflation continentale. », Kostas
Vergopoulos. Libération du 27 mai 2010 (en ligne).
• « La politique de récessions compétitives emmène
• « Sur l’égoïsme allemand », Eurotopics, 7 octobre
2011 (résumé en français en ligne).
• « Le mal européen », Revue Multitudes, mars 1996 (en ligne).
• « Le néolibéralisme contre l’état ? », Le Monde Diplomatique, n°328, 1981.
[1] En 2008, le PIB de
[2] Maurizio Lazzarato,
éditions Amsterdam, 2011
[3] A titre de comparaison, le PIB des
Etats-Unis d’Amérique était de 14 526 milliards de $ en 2010
[4] Le lendemain, l’agence de notation
Moody’s a dégradé la note de douze établissements financiers du Royaume Uni.
[5] éditions Indigène
[6] Solon, homme d’Etat, législateur et
poète athénien (640 – 558 av. J.C.)